34 % des parents qui achètent un jeu vidéo ne regardent pas la classification d’âge imprimée sur la boîte. Le chiffre vient de l’enquête Médiamétrie réalisée pour le SELL du 19 juin au 13 juillet 2025, auprès de 4 001 personnes. La même enquête compte 4,8 millions de joueurs entre 10 et 17 ans, soit 92 % de la tranche.
Le drone, la réplique d’airsoft et les premières haltères portent eux aussi un âge, écrit quelque part par quelqu’un. Ce quelqu’un change à chaque rayon : un règlement européen, un syndicat d’éditeurs, une académie de pédiatrie, un kinésithérapeute du sport. Aucun ne surveille le même danger. Leurs chiffres finissent par se contredire, et le garçon de 14 ans se retrouve au milieu.
| Ce qu’on offre | Le seuil annoncé | Qui l’écrit | Ce que ça vaut |
|---|---|---|---|
| Jeu vidéo classé 18 | 18 ans | PEGI, homologué par le ministère de l’Intérieur | l’affichage est obligatoire, la vente reste libre |
| Drone de plus de 250 g | 14 ans en France, 16 ailleurs | règlement (UE) 2019/947 | opposable, et valable en France seulement |
| Réplique d’airsoft de 0,08 à 2 joules | 18 ans | décret du 24 mars 1999 | opposable, sans dérogation |
| Lanceur de paintball, au-delà de 2 joules | 12 ans | catégorie D du code de la sécurité intérieure | opposable |
| Banc et haltères | aucun âge écrit | pédiatrie et médecine du sport | un avis, suspendu à l’encadrement |
Jeux vidéo : afficher le pictogramme PEGI est obligatoire, le respecter ne l’est pas
La loi n° 98-468 du 17 juin 1998, modifiée par celle du 16 février 2015, impose une signalétique homologuée sur chaque unité de conditionnement d’un jeu vidéo présentant un risque pour la jeunesse. Depuis 2015, la seule signalétique homologuée par le ministère de l’Intérieur est le système PEGI. Un jeu vendu sans son pictogramme est hors la loi, et c’est l’éditeur, ou le distributeur français à défaut, qui en répond.
Rien n’oblige en revanche un vendeur à refuser un titre classé 18 à un garçon de 14 ans. Le ministère l’écrit lui-même sur sa fiche d’information : la signalétique « informe clairement les responsables » du mineur qu’il ne devrait pas voir ces images. Elle ne bloque aucune caisse. Le ministre garde la faculté d’interdire la mise à disposition d’un titre précis aux mineurs, mais c’est une mesure prise au cas par cas.
La vignette compte aussi pour le portefeuille. PEGI appose un second logo, « achats intégrés », qui signale qu’on pourra dépenser de l’argent réel dans le jeu offert. Le SELL mesure une attention en hausse chez les parents acheteurs, 66 % contre 62 % un an plus tôt. En face, 44 % des parents d’enfants joueurs déclarent connaître le contrôle parental de leur console sans jamais l’activer. Le vrai tri se fait avant le rayon, et il tient à ce que le garçon a déjà installé chez lui plus qu’à son âge d’état civil, comme le montre le classement par console avant le classement par produit.
Le drone : la France l’ouvre à 14 ans, le règlement européen dit 16
L’article 9 du règlement d’exécution (UE) 2019/947 fixe l’âge minimal du télépilote à 16 ans en catégorie ouverte. Le même article laisse les États descendre de quatre ans au plus, selon les risques observés chez eux. La France a retenu 14 ans.
Trois situations font tomber toute condition d’âge. Un appareil de classe C0 considéré comme un jouet au sens de la directive 2009/48/CE. Un drone construit soi-même dont la masse au décollage reste sous 250 grammes. Et le vol sous la surveillance directe d’un télépilote qui remplit, lui, les conditions. Un père debout à côté de son fils rend légal ce qui ne l’était pas une minute plus tôt.
Deux formalités accompagnent l’appareil, et aucune boîte ne les met en avant. L’exploitant s’enregistre sur le portail AlphaTango dès que le drone dépasse 250 grammes ou embarque une caméra, ce qui vise à peu près tout ce qui se vend au rayon loisirs. Le télépilote, lui, suit une formation en ligne et passe un examen de quarante questions. Le paragraphe 4 du même article 9 pose une dernière limite : l’âge abaissé ne vaut que sur le territoire de l’État qui l’a abaissé. Le garçon de 14 ans laisse son drone à la maison quand la famille part en Espagne.
Musculation : la pédiatrie américaine et un kinésithérapeute français ne visent pas le même adolescent
Le rapport clinique de l’American Academy of Pediatrics publié dans Pediatrics en juin 2020 tranche sur la vieille crainte : un programme de renforcement correctement conçu n’a pas d’effet négatif démontré sur le cartilage de croissance ni sur la taille adulte, et il améliore la densité minérale osseuse. Les auteurs, Stricker, Faigenbaum et McCambridge, y comptent aussi une meilleure résistance aux blessures.
Jérôme Auger, kinésithérapeute du sport et ancien entraîneur de basket, dit autre chose à franceinfo le 12 décembre 2025. Il alerte sur la pratique excessive : « Le risque est vraiment de mettre des contraintes sur les cartilages de croissance, là où les os s’allongent, et donc de créer des déficits de croissance. » Il ajoute que les structures musculo-squelettiques d’un adolescent supportent mal la contrainte, et que les conséquences d’une atteinte au cartilage restent à vie.
Les deux positions tiennent ensemble, à condition de lire les adjectifs. L’une décrit un programme supervisé, l’autre une pratique excessive. Le cadeau tombe dans l’espace resté vide entre les deux : un banc et deux haltères posés dans une chambre, sans personne pour corriger un dos rond, ne ressemblent ni à l’un ni à l’autre. Une inscription en salle avec coach, ou du matériel choisi avec l’entraîneur du club, font basculer l’objet du côté que la pédiatrie valide.
Airsoft : moins puissant que le paintball, et interdit quatre ans de plus
Le décret n° 99-240 du 24 mars 1999 vise les objets ayant l’apparence d’une arme à feu dont l’énergie se situe entre 0,08 et 2 joules, ce qui couvre l’essentiel des répliques d’airsoft vendues en France. Leur cession à un mineur est interdite sous toutes ses formes : vente, don, prêt, distribution. Le manquement est puni d’une amende de cinquième classe, et l’emballage doit porter la mention en clair.
Le paintball frappe plus fort. Il dépasse 2 joules, relève de la catégorie D, et se pratique dès 12 ans. Interrogé sur cette inversion par le député Christophe Naegelen le 28 janvier 2020, le ministère de l’Intérieur a répondu le 13 octobre 2020 en refusant l’alignement. Son motif tient à l’allure de l’objet : la « très grande ressemblance avec de véritables armes » crée un risque d’ordre public si un mineur l’exhibe dans la rue, quand le lanceur de paintball reste dans une enceinte fermée.
C’est le seul des quatre univers où l’accord des parents ne change rien. Le paquet ne peut pas être ouvert par un mineur, quelle que soit la personne qui l’offre.
Ce qui sépare ces quatre âges
Aucun de ces seuils ne mesure la maturité d’un adolescent. Chacun répond à une inquiétude qui lui est propre.
L’aviation civile veille sur les passants. Un drone tombe sur quelqu’un : elle écrit un âge et un examen, puis accepte de les suspendre quand un adulte tient l’appareil à l’œil. Le ministère de l’Intérieur, lui, garde l’ordre public. Il regarde une silhouette d’arme plutôt qu’une énergie en joules, et rien ne le fait bouger. La pédiatrie s’occupe d’un corps en croissance ; elle raisonne en conditions de pratique, jamais en date de naissance, ce qui explique qu’elle se garde bien d’avancer un chiffre. Le SELL n’a personne à défendre. La loi lui demande d’informer, et s’arrête là.
Sur trois de ces quatre rayons, la présence d’un adulte déplace la limite. Elle pèse plus lourd que le contenu du paquet dans ce qu’un garçon de 14 ans pourra en faire le lendemain matin. Pour sa sœur, les seuils viennent d’ailleurs et se contredisent davantage, comme le montre le relevé des âges annoncés pour une adolescente.