Les sélections de cadeaux pour une ado fille mettent le smartphone, la trottinette électrique et le coffret de soins dans le même panier, dès 12 ans. Trois textes disent autre chose. Le premier de ces objets porte un âge inscrit au code de la route, le deuxième n’en a aucun et sépare les chercheurs, le troisième inquiète les cosmétologues précisément à cet âge-là. Ils décident du cadeau avant le budget.
| L’objet | L’âge annoncé | Qui l’annonce, et ce que ça vaut |
|---|---|---|
| Trottinette électrique | 14 ans sur la voie publique | décret du 31 août 2023, opposable |
| Téléphone sans internet | 11 ans | commission Écrans, avril 2024, simple avis |
| Téléphone avec internet | 13 ans | même rapport, contesté par des chercheurs |
| Réseaux sociaux | 15 ans | loi du 7 juillet 2023, restée sans décret |
| Soin au rétinol | à éviter avant et pendant la puberté | deux cosmétologues, mai 2024 |
Cadeau ado fille de 12 à 14 ans : la trottinette électrique attend 14 ans
Le décret du 31 août 2023, paru au Journal officiel le 1er septembre, a relevé de 12 à 14 ans l’âge minimum pour conduire un engin de déplacement personnel motorisé sur la voie publique. Rue, route, piste cyclable, trottoir : partout. S’y ajoutent le casque, obligatoire pour tout conducteur mineur y compris en agglomération, et l’interdiction de prendre un passager.
Sur un terrain privé, rien ne s’impose. Offrir une trottinette électrique pour des 12 ans revient donc à offrir un objet qui attend deux ans au garage, sauf à avoir un grand jardin. Le vélo, la trottinette mécanique et les rollers échappent au plafond : mêmes sensations, sans la date.
Le téléphone : les seuls âges qui circulent viennent d’un rapport contesté
Aucun texte n’interdit de donner un téléphone à un enfant. Les chiffres que tout le monde répète sortent du rapport « Enfants et écrans. À la recherche du temps perdu », remis au président de la République le 30 avril 2024 par une commission coprésidée par la neurologue Servane Mouton et le psychiatre Amine Benyamina : pas de téléphone avant 11 ans, un appareil sans internet jusqu’à 13, internet à 13 sans réseaux sociaux, puis à 15 les seuls réseaux qu’elle qualifie d’éthiques.
Franck Ramus, directeur de recherche au CNRS et professeur à l’École normale supérieure, attaque la base de ces repères. Les centaines d’études qui associent temps d’écran et scores cognitifs mesurent des corrélations, pas des causes, rappelait-il le 18 février 2025 ; dans la cohorte américaine ABCD, une fois neutralisés le milieu social et les prédispositions génétiques, l’effet du temps d’écran sur l’évolution des scores d’intelligence ressort positif ou nul.
Les deux camps se rejoignent quand même : le litige porte sur l’accès aux réseaux, pas sur l’appareil. D’où une sortie honnête pour des 13 ans, l’appareil photo instantané, le baladeur, la liseuse, l’enceinte. Même effet au déballage, et rien de tranché à la place des parents.
15-17 ans : la majorité numérique existe dans la loi, pas dans les faits
La loi du 7 juillet 2023 interdit l’inscription sur un réseau social aux moins de 15 ans sans l’accord d’un parent. Aucun décret d’application n’est paru : dans une lettre du 14 août 2023, la Commission européenne a jugé le dispositif contraire au règlement sur les services numériques et au principe du pays d’origine.
Le dossier a rebondi cet été. Le 7 juillet 2026, la Commission a rendu son avis sur la liste noire de réseaux interdits aux moins de 15 ans adoptée par le Sénat. Selon le communiqué de la commission de la culture, signé de son président Laurent Lafon et de la rapporteure Catherine Morin-Desailly, elle n’a pas contesté le principe de la liste, seulement le paragraphe qui confie le contrôle à l’Arcom.
Traduit en rayon de magasin : à 15 ans le compte est ouvert depuis deux ou trois ans, et aucun paquet ne le refermera. C’est l’âge où l’expérience passe devant l’objet, et où un coffret d’expérience rate moins souvent qu’un vêtement choisi de loin.
Les soins visage : ce que deux cosmétologues reprochent au rayon des 9-13 ans
Céline Couteau, maître de conférences en pharmacie industrielle et cosmétologie, et Laurence Coiffard, professeure de galénique et cosmétologie à l’université de Nantes, ont détaillé le 20 mai 2024 ce que contiennent les produits achetés par les préadolescentes. Le rétinol et le rétinaldéhyde donnent de l’acide rétinoïque sur la peau et sensibilisent aux ultraviolets. Le bakuchiol, vendu comme rétinol végétal, est un phytoœstrogène, au même titre que les extraits de soja : leur effet hormonal mérite attention en période prépubertaire et pubertaire, écrivent-elles.
Les dermatologues qui alertent sur la même mode décrivent autre chose. Rougeurs, irritations, brûlures superficielles, vues en consultation. Les deux camps ne visent pas la même échéance : les cosmétologues regardent la molécule et ce qu’elle fait sur des années, les cliniciens la peau abîmée du mois dernier.
Un démaquillant, un baume, une crème solaire, une eau de toilette légère passent sans réserve à cet âge. Une étiquette qui promet un effet anti-âge, non.
Le casque audio, le seul point où personne ne se contredit
Le Bulletin épidémiologique hebdomadaire du 19 janvier 2016 chiffrait l’écoute au casque des jeunes Français : 25,4 % des 15-19 ans déclaraient un usage fréquent et intensif, c’est-à-dire au moins une heure à chaque fois, plusieurs fois par semaine voire tous les jours. La puissance de sortie des baladeurs est plafonnée à 100 décibels en France. L’Organisation mondiale de la santé estime qu’environ la moitié des 12-35 ans des pays à revenu intermédiaire ou élevé s’exposent à des niveaux dangereux avec leurs appareils audio personnels.
Reste ce que l’acheteur peut faire : c’est le bruit ambiant qui fait monter le volume. Un casque fermé, ou à réduction de bruit active, s’écoute spontanément moins fort qu’une paire d’écouteurs dans un bus. À budget égal, l’isolation vaut mieux que la liste de fonctions sur la boîte.
Pourquoi ces avis ne disent pas la même chose
Ils ne regardent pas le même cas. Le dermatologue et le pédiatre voient les adolescents qui vont mal, jamais les autres. Le chercheur travaille sur des cohortes de plusieurs milliers de jeunes, où un effet individuel fort se dilue dans la moyenne. Le législateur, lui, doit écrire un chiffre unique et contrôlable : 14 ans pour la trottinette, parce qu’un gendarme peut le vérifier au bord de la route ; 15 ans pour les réseaux, parce que personne ne sait comment le vérifier, et le décret n’est jamais venu.
Ce partage sert au moment de choisir. L’âge écrit dans un texte ne s’arbitre pas, il se respecte, sinon le cadeau reste au placard. L’âge recommandé appartient aux parents, et la question se pose avant l’achat plutôt que devant le paquet ouvert. Reste ce dont aucun expert ne parle et que tout le monde se demande : quelle somme y mettre à cet âge-là.